August 28, 2023
Ecrit le 26 juin 2023
Résistant aux appels des Etats-Unis, l’Arabie Saoudite s’oriente progressivement vers le Nouvel Empire Mongol, alliance souple rassemblant la Russie, la Chine et l’Iran. La Russie, y trouve un avantage militaire. Elle peut désormais exporter plus facilement vers Arabie Saoudite ceux de ses matériels qui ont mis en échec la technologie occidentale en Ukraine. La Chine, qui a orchestré la réconciliation irano-saoudienne, tire deux atouts du rapprochement avec l’Arabie : en premier lieu une sécurisation des flux de pétrole saoudien vers ses usines et en second lieu un avantage monétaire : cela lui permet de menacer le pétrodollar tout en valorisant l’e-yuan. Mais quel avantage stratégique tire l’Iran, qui a réouvert son ambassade en Arabie Saoudite le 6 juin 2023, de son rapprochement avec son rival arabe et sunnite ? Il s’agit beaucoup plus que d’un simple désenclavement : si les puissances en venaient à s’allier, alors le cerveau créatif iranien trouverait le ventre dont il a besoin pour exercer la puissance. Pour le comprendre, il convient de revenir sur le moteur de la puissance iranienne sur la longue durée ?
Le plateau iranien se présente comme un espace géographique aux contraintes naturelles suffisamment exigeantes pour que la vie ne puisse s’y développer que de façon circonscrite en fleurissant dans les interstices situés entre les hauts de montagne et les plaines desséchées. Des civilisations ont donc pu prospérer sur les hauts plateaux en extirpant d’une nature pauvre, les ressources nécessaires à la multiplication de la vie. Des îlots de culture originaux, favorisés par l’isolement relatif ont donc pu naître dans cette espace très particulier. L’Iran s’est ainsi doté d’une puissance imaginative, spirituelle et militaire. Il lui était toutefois impossible de rayonner sur le Moyen-Orient en restant confiné sur l’île qu’il occupe. Sa puissance régionale ne devint effective qu’à la condition que le cerveau imaginatif persan, sis sur le haut plateau prenne possession du ventre babylonien, nombril de la puissance agricole puis maritime. Lorsque ce couplage du cerveau et du ventre devenait effectif, l’Iran pouvait aller chercher un moteur secondaire situé sur la côte méditerranéenne. Celui-ci associait les riches provinces de Syrie et d’Égypte, siège d’une agriculture florissante et portes sur une autre mer. Les civilisations qui occupent le plateau iranien sont incapables d’exercer la puissance si elles ne s’approprient le moteur économique principal de la Babylonie et si possible le moteur plus lointain du Levant. Les raisons profondes s’expliquent par la complémentarité presque chimique entre ces espaces. Telle une colle à deux composants, la puissance iranienne résulte d’un mélange entre le durcisseur qui précipite la réaction, et la résine inerte. Les artificiers imagineront plus volontiers le détonateur d’idées sur le plateau et les espaces de production dans sa périphérie proche ou lointaine. Cette modélisation de la puissance iranienne dans la longue durée est rendue possible par un élément inattendu : même si la Babylonie perd son intérêt agricole après les ravages opérés par les Mongols, elle conserve un intérêt religieux pour la Perse en tant que conservatoire du chiisme, porte d’accès à la mer et plus tard foyer majeur de réserves pétrolières. Il résulte de cette série de substitutions que les différentes révolutions économiques n’entament pas le nœud de la puissance persane qui connaît une série de mutations génétiques sans beaucoup se déplacer dans l’espace.

En quoi les conditions naturelles qui sévissent sur le plateau iranien représentent-elles de fortes contraintes à la perpétuation de la vie et a fortiori à l’exportation de la puissance ? L’Iran est constitué en son centre par un vaste plateau désertique, ultime témoin de mers englouties. Ce plateau constitué de roches, de sables et de plaques de sel est sans cesse balayé par les tempêtes de sable. Cette vaste région ruiniforme et desséchée engloutit la plupart des rivières du pays qui viennent se perdre dans ses graviers. L’air y est extrêmement sec. Cet espace mort, trop aride pour permettre l’agriculture, a été utilisé au XIXe siècle par les Britannique et les Russes comme zone géopolitique tampon. Ces deux puissances s’intéressent pour l’une aux rivages riants de la mer Caspienne et pour l’autre au golfe Persique. L’Iran central n’est alors pas jugé digne d’une présence coloniale car il constitue une zone morte dans le réseau des communications universelles. Il ne prend une importance stratégique qu’au cours de la seconde guerre mondiale, lorsque Britanniques et Américains y établissent un pont logistique afin de ravitailler l’URSS. Ce désert central est entouré de très hautes chaînes de montagnes distribuées en arc de cercle. Ce sont dans leurs sommets que sont relégués les nomades. Cependant leur présence rend très difficile la communication entre les différents bassins iraniens qui fonctionnent comme des isolats. La Perse utile se présente dans ce contexte physique comme un espace très limité entre sommets et déserts. Elle est représentée par les piémonts à partir desquels les pasteurs peuvent estiver vers le haut tout en mettant en culture l’aval grâce à un système élaboré de canaux. Les conditions naturelles particulièrement hostiles forcent ainsi la population à se réfugier dans les vallées de montagne, micro-espaces où les précipitations abondantes irriguent des sols alluviaux très riches. Ces vallées, qui sont faciles à défricher, représentent les foyers initiaux de peuplement. Méticuleusement enrichies grâce aux engrais ovins ou avicoles, elles constituent le jardin primitif de la Perse habitée. Partout ailleurs, que ce soit sur les hauteurs montagnardes ou bien sur le plateau central, la vie s’est comme retirée. Cette agriculture d’équilibriste reste à la merci des éléments et des invasions. La constitution de réserve est presque impossible, en réalité, la richesse agricole est ailleurs : en Mésopotamie.
Examinons maintenant quels furent les différents modes de fonctionnement ou de dysfonctionnement du moteur iranien au cours de sa longue histoire. Dans la longue période qui précède l’histoire, l’innovation agricole vient de Mésopotamie, alors que le plateau iranien fonctionne comme l’incubateur tempéré des modes de culture importés d’en bas. Le lien entre les deux territoires est alors essentiel : coupé de la grande plaine fertile, le plateau persan n’eût sans doute pas perfectionné la domestication animale. La première civilisation qui s’établit en Perse est celle d’Élam au IVe millénaire av. J.-C. Son étude est d’un intérêt capital dans mesure où la géopolitique interne à l’Élam anticipe à l’échelle miniature, ce que deviendra le nœud de la puissance persane. L’Élam comporte en effet deux capitales : Suse et Anshan. À Suse, la ville marchande polarisée par les richesses de la Mésopotamie s’oppose Anshan le noyau créatif montagnard préservant jalousement son identité. Se trouvent d’un côté, les cités marchandes connectées à la mer par-delà les deux fleuves qui les irriguent et, de l’autre, les vallées proto-industrielles de montagne, reliées aux vastes arrières-contrées d’Asie centrale. L’histoire élamite alterne entre les deux pôles alternatifs constitués par Suse et Anshan. Cette dualité donne une forte résilience à l’Élam qui est à la fois connecté aux zones de haute sophistication urbaine mais en même temps capable de se retirer dans ses ermitages montagnards. Ces deux pôles permettent une vraie respiration à la civilisation élamite. Toutefois, le jour où le pôle montagnard central s’effondre, l’Élam se dissout dans la Mésopotamie. Avec la conquête du plateau iranien par les Perses au VIe siècle av. J.-C., se met en place pour la première fois, la pleine connexion entre les trois pôles du moteur de la puissance. Après la fusion des peuples perse et mède sur le plateau iranien, les armées perses quittent leur austère plateau en 540 pour conquérir le royaume néo-babylonien de Nabonide. Cyrus entre librement à Babylone en 539, soumet cette région très riche puis s’attaque au moteur secondaire du Levant. L’Égypte – qui constitue la seule puissance concurrente – est conquise entre 525 et 522. Dès lors, l’association entre le plateau iranien, la Babylonie et le Levant devient effective. Elle n’empêche pas les tensions internes entre ces territoires, notamment entre l’État royal Perse qui se préoccupe de la bonne marche de l’agriculture et de la défense militaire de l’Empire, et de l’autre, l’État fluvial babylonien, qui constitue le cœur économique et commercial du royaume. Les tiraillements entre l’espace créatif persan et le territoire commercial mésopotamien sont vifs. Incapables de digérer les civilisations marchandes qui leur ont procuré la victoire à l’Ouest, les Perses laissent les centres politiques et économiques de l’Empire se dissocier. Ils jettent un filet de communication sur les terres conquises puis inventent un commandement mobile original apte à éteindre les rébellions ponctuelles. Toutefois, sous son apparente d’unité, la monarchie achéménide masque une réelle schizoïdie. Quant à l’Égypte, la Syrie et la Grèce, cet extrême-occident représente une périphérie prospère mais capable de toutes les révoltes. La première expérimentation du moteur de la puissance iranienne, œuvre des Achéménides n’est donc pas sans mettre en lumière de réelles tensions internes. Vers la fin de la période, la Mésopotamie a fini par dévorer ses propres conquérants. Ces lignes de fracture favorisent la tâche d’Alexandre le Grand qui opère de façon chirurgicale pour la conquête de l’Empire adverse : le premier acte de son offensive consiste à couper le moteur secondaire du Levant. S’emparant rapidement des riches provinces de Syrie et l’Égypte, Alexandre se met en position financière d’engager un conflit dans la profondeur et la durée. Le second acte consiste à écraser son adversaire dans la plaine de Gaugamèles puis à cueillir la Babylonie comme un fruit mûr. Les marchands opportunistes de Babylone qui avaient ouvert leurs portes à Cyrus en font de même pour Alexandre. Quant au troisième et dernier acte, il consiste en la destruction symbolique de Persépolis suivie de la circumnavigation du plateau iranien. La campagne est donc rapide, mais pour tenir ces territoires dans la durée, il convient de déplacer le centre de commandement vers l’ouest afin de tenir l’Empire par son extrémité occidentale.
Préfigurant la recomposition géopolitique Omeyade, les Séleucides fixent leur capitale en Syrie, ce qui rend plus difficile la soumission de la Perse. La nouvelle dynastie dispose toutefois d’un point d’appui important : Ecbatane, située précisément à la jointure de l’Iran et de la Mésopotamie. Les Séleucides préservent ainsi le moteur de la puissance iranienne tout en contrôlant la Perse depuis son moteur secondaire. Lorsque le royaume parthe fait sécession en son sein, son centre de gravité, situé sur l’actuel Turkménistan descend rapidement vers la Babylonie. Toutefois si le moteur à deux composantes fonctionne correctement, il est difficile pour les Parthes de maîtriser la Syrie lointaine. Les guerres romano-parthes (66 av. J.-C. et 217 ap. J.-C.) finissent par empêcher le royaume arsacide d’accéder à la mer. L’ère sassanide se présente ensuite comme la deuxième expérimentation du trio stratégique iranien. Originaires de la province du Fars, les nouveaux souverains associent à nouveau le plateau iranien à la Mésopotamie tout en disputant le Levant aux Byzantins. Les conquérants arabes qui s’emparent de l’Empire sassanide ont une stratégie d’ensemble qui n’est pas fondamentalement différente de celle d’Alexandre face aux Achéménides. Afin d’ouvrir l’huitre Persique, l’action militaire principale consiste à trancher le muscle qui relie la demi-coquille mésopotamienne de celle d’Iran. Une fois le cœur économique de la Sawad détaché du plateau iranien, les Sassanides sont promis à l’effondrement proche. Les rives de l’Euphrate sont donc le théâtre principal de la guerre. C’est là qu’est implantée la ligne de défense sassanide protégeant le cœur économique du royaume. La perte de la Sawad est d’importance considérable pour l’Empire sassanide qui se voit privé d’un tiers de ses ressources, du trésor royal et surtout des forces militaires qui se sont battues pour la défense de cette riche province. Même si la conquête effective de la Perse sassanide, s’est étalée sur plus d’un siècle, le nœud irano-mésopotamien de la pièce a été tranché en l’espace de trois ans entre 634 et 636. Les Arabes installent ensuite leur capitale à Damas afin de contrôler la Perse à distance. La réaction persane abbasside originaire du Khorasan, qui se fait jour un siècle après la conquête se traduit mécaniquement par une nouvelle translation de la capitale de Damas à Bagdad. Celle-ci n’aurait jamais réussi sans la conjonction des intérêts persans et mésopotamiens. Cependant, à la différence des périodes Achéménide et Sassanide, l’Irak devient le centre politique de l’Empire et le plateau iranien, la réserve de forces militaires. Lors de la décadence abbasside toutefois, l’émergence de dynasties indépendantes sur le plateau iranien finit par inverser les rapports entre les deux pôles de la puissance : la dynastie chiite iranienne des Bouyides s’empare de Bagdad en 945. Venant de l’Orient à la différence des conquérants Grecs et Arabes, les conquérants mongols disloquent la Perse de façon inverse mais symétrique : entre 1238 et 1254, ils s’installent sur le plateau iranien, puis s’emparent de la Babylonie entre 1255 et 1260. Dès lors que la jonction est opérée entre le plateau iranien et la plaine mésopotamienne, Hulagu dispose de l’indépendance géoéconomique suffisante pour que l’Empire mongol puisse se briser en quatre morceaux. Néanmoins, à l’instar des Parthes se heurtant aux Romains, les Mongols ne réussissent pas à s’emparer de la Syrie, solidement défendue par les Mamelouks.
Les dynasties persanes suivantes, Safavide et Afsharide luttent âprement contre l’Empire Ottoman pour la maîtrise d’une zone interstitielle allant de la Mésopotamie au Caucase. Au sein de cette espace-frontière, le nord-ouest compte désormais davantage que l’Irak, dont l’intérêt géopolitique a été profondément amoindri depuis l’invasion mongole. Malgré l’effondrement de la prospérité agricole dans cette région, la Mésopotamie conserve un intérêt à la fois religieux et maritime. Toutefois, la paix d’Amasya (1555) octroie la basse Mésopotamie aux Turcs tandis que les Perses reçoivent les provinces caspiennes du nord-ouest. Bloquée à l’Ouest par l’Empire ottoman qui s’est emparé d’une Babylonie appauvrie, la dynastie Afsharide tente d’inverser son moteur en associant le plateau iranien aux riches plaines orientales d’Inde. Un raid est lancé en 1739 contre l’Empire moghol. Toutefois, ce renversement de posture – marqué par le pillage de Delhi – reste sans lendemain. La plaine du Gange ne devient d’autant moins une Mésopotamie de substitution que les Britanniques s’y installent et exercent une pression sur le sud de la Perse en s’emparant de son commerce maritime, tandis que l’Empire russe conquiert les territoires du nord sous l’ère Qadjar. Le moteur primaire de la puissance iranienne est alors inopérant et la Perse réduite à occuper un rôle de territoire tampon. Au cours de la Première Guerre mondiale, les accords de Sykes-Picot (1916) attribuent le moteur principal – la Mésopotamie pétrolière – à la Grande-Bretagne, tandis que le moteur secondaire – la Syrie – est attribué à la France. Depuis lors, et indépendamment du système d’alliance dans lequel est inscrit l’Iran au XXe siècle, il cherche à réassocier le plateau et la plaine : pendant la guerre d’Irak, les objectifs stratégiques de la république islamique sont la conquête de la Mésopotamie et le contrôle de la navigation maritime du golfe Persique. Aujourd’hui, elle s’est logiquement réimplantée au sud de l’Irak et en Syrie tout en regardant vers les provinces chiites d’Arabie Saoudite.
Tout l’enjeu pour le plateau spirituel et créatif persan consiste à s’emparer des richesses de la Mésopotamie sans se faire dévorer par ses marchands. Ce retournement de situation n’est pas rare. À certaines époques de l’histoire élamite, Suse peut être considérée comme une extension orientale de la Mésopotamie en raison des liens économiques et culturels liant ces deux territoires. De la même façon, lorsque les Perses débouchent de leurs vallées de montagnes pour s’emparer de l’œuf mésopotamien, cœur de la puissance économique du Moyen-Orient, ce dernier s’offre sans livrer bataille. Toutefois, les conquérants perses deviennent immédiatement redevables des Babyloniens pour le financement de la suite de leurs conquêtes, qu’il s’agisse de leur rivale économique égyptienne ou bien de la Phénicie. Conquise militairement par les guerriers perses sans s’être battue réellement, la Mésopotamie parvient à conquérir économiquement l’arrière-pays montagnard qui s’ouvre à elle. Ce sont essentiellement les marchands de l’Empire, Mésopotamiens, Phéniciens et Grecs, qui profitent de la pax persica pour développer leurs activités commerciales. Les décisions stratégiques perses sont elles-mêmes souvent téléguidées par des intérêts commerciaux qui échappent à l’appareil militaire du roi des rois. La puissance achéménide reste donc à la merci de la civilisation qui lui a fait le don du commerce. Les Séleucides qui leur succèdent utilisent les richesses accumulées par la dynastie précédente afin de fonder des villes, mais la Babylonie se renforce pendant leur ère. Il en est de même des Parthes, irrémédiablement attirés depuis les hauteurs du pays scythe vers Ctésiphon, sur les bords du Tibre. Après eux, les Sassanides laissent le contrôle de l’économie à des entrepreneurs privés et se concentrent sur la perception des impôts. Si la centralisation gouvernementale limite au départ l’indépendance des villes de Mésopotamie et de Syrie, les échanges fleurissent à nouveau au IIIe siècle. En dépit de guerres fréquentes, les foires et les marchés prospèrent le long des principales routes et le volume des échanges ne cesse d'augmenter. Le commerce est en grande partie aux mains d'associations, de sociétés ou de familles de marchands. La reprise du contrôle du cœur économique sur la marche de l’Empire à la suite d’une invasion, semble obéir à une loi quasi mathématique : après le choc de la conquête omeyade, au cours de laquelle priment razzias, butin et ventes d’esclaves, s’amorce une transition vers une économie plus marchande où le commerce international se concentre à Bagdad. La violence militaire mongole elle-même n’échappe pas à la règle, le contrôle de la route de la soie étant laissé aux marchands qui prélèvent des impôts pour le vainqueur. En réalité l’Empire mongol, dont les conquêtes génèrent un effondrement de la production artisanale et agricole, n’a d’autre choix que de favoriser le commerce afin de prolonger son expansion éphémère. Naturellement, lorsque le sud de l’Irak échappe à la Perse, sa tentation est de placer le plateau iranien sous contrôle militaire. L’association entre le plateau créatif persan et la Mésopotamie marchande est donc aussi peu pacifique que librement consentie. Chaque entité bénéficie du couplage moteur ce qui n’exclut pas une lutte farouche pour la domination. Or, sur la longue durée, la cavalerie du plateau finit toujours par s’enliser dans les boues du fleuve. Aussi spectaculaires soient-elles, les invasions restent sans trop d’effets sur le centre de gravité géoéconomique.
Il ressort de cette analyse que l’Arabie Saoudite, se présente comme un nouveau ventre commercial pour une république islamique asséchée par les sanctions. C’est l’occasion pour elle de revitaliser dans pans entiers de son économie en position de sous-investissement chronique. Mais si les flux financiers étaient réorientés de la sorte, alors, le cerveau persan risquerait in fine d’être contrôlé un jour par le ventre saoudien.
Thomas Flichy de La Neuville